Samedi 22 février 2003
AGRICULTURE
RURALITÉ Le 40e Salon de l'agriculture se tient du 22 février au 2 mars à Paris, porte de Versailles, alors que le monde agricole s'interroge sur son rôle dans la société
 Le 40e Salon de l'agriculture se tient du 22 février au 2 mars à Paris, porte de Versailles, alors que le monde agricole s'interroge sur son rôle dans la société (Photo AFP) |
Face à leurs difficultés, les paysans veulent retrouver la confiance des consommateurs A travers nos prairies et nos champs, les agriculteurs ne représentent plus que 3,5% des actifs, contre 30% il y a cinquante ans. Quelque 650 0000 exploitations sont recensées. Dont celle de José Bové. Le porte-parole de la Confédération paysanne, certes plus connu pour son militantisme politico-syndical que pour sa production de fromages de chèvre, va de nouveau tenir la vedette la semaine prochaine avec la décision, attendue mercredi, de la cour d'appel de Montpellier sur son dernier recours. Mais, derrière les outrances du personnage, le cas Bové ne traduit-il pas un certain malaise de la paysannerie française d'aujourd'hui? Qui sont les agriculteurs? Pourquoi transpirent-ils? Comment assument-ils d'être tantôt caricaturés comme des jardiniers et parfois comme des pollueurs de la terre? Angoisse, solitude, des suicides dont on parle à mots couverts, endettement, instabilité des marchés, spécialisation, intensification des cultures, primes, aides, jachères... La profession, qui vit d'incessantes et lourdes transformations depuis deux générations, est loin d'être stabilisée. «Une crise massive se produit. De plus en plus, l'agriculteur est seul», avertit Bertrand Hervieu, président de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) et sociologue du monde agricole. «Pour ce métier qui construit son identité et sa noblesse autour de sa mission nourricière, il est terrible d'avoir, aux yeux du reste de la population, l'image que cela ne va pas», poursuit Bertrand Hervieu. L'addition est lourde. La plupart des agriculteurs subissent à la fois une baisse globale des revenus, dépendent de budgets publics pour des primes, traversent de graves crises sanitaires, assistent aux changements techniques sur les modes de culture et en même temps doivent vivre sous le regard critique de contemporains urbains, pour qui la nature est avant tout une quête de l'Eden perdu. «Ils ont tous dans la tête la petite ferme des grands-parents, avec les cochons, les poules, les dindons et le chien, mais, s'ils veulent nous faire vivre comme cela, qu'ils assument, qu'ils cessent d'acheter en discount, payent le prix pour les produits, ou qu'ils viennent acheter directement à la ferme», s'énerve une éleveuse de volailles dans les Vosges. Cette culpabilité, ils l'assument. Le modèle agricole, proche de ses limites, doit changer de registre, ils le voient bien. Mais, disent-ils aussi, il faut que les autres acteurs de la société s'en donnent les moyens.
 Patrice Lanoy [22 février 2003]
 Il y a le fil de la clôture électrique. Alors, on lève bien haut la jambe. Et puis, sur l'herbe moussue, ruisselle le parfum des bouses. Mais où sont passées les «filles»? Pas loin. Sophie les hèle. Les beautés caramel rappliquent au galop. En bas, à la grande ferme, la centaine de taurillons que l'on engraisse quelques mois, à l'abri et au maïs, ne sont que des numéros. Mais sur la colline, les quinze génisses au pré sont les «fifilles» de la patronne. Et on jurerait qu'elles le savent, comme elles ruminent et rigolent des yeux. Sur ce mamelon de la Gascogne râpeuse et fière, pas trop loin d'Aillas (Gironde), nous sommes à Dautic, la petite ferme que Sophie Bourillon vient de sauver des ronces.
«C'est beau, non? Les collines, on dirait la mer, et puis tu vois loin, loin», rit-elle, ses cheveux flottant dans le vent qui distribue des baffes de gel. Pierre après poutre, elle la retape, sa maison des prés. «Pour en faire un gîte, une auberge, un relais équestre, un truc bio, où je serai en harmonie avec la nature et les autres, où des gens pourront venir...». L'an dernier, avec Cyril, son mari, et quelques amis – «à la campagne les gens sont restés solidaires», s'étonne-t-elle –, Sophie a grimpé sur le toit glissant et hissé 12 000 tuiles vers le ciel. Des risques? Il faut aller vite, moins cher. «On est souvent limite», concède Cyril. Une fois, Sophie a été matraquée par un jeune taureau, un de ceux restés trop longtemps à la ferme pour cause de crise de la vache folle. Ce jour-là, il a bien cru perdre la mère de Corentin et de Victoire.
Il y a 20 ans, le jeune Bourillon déguerpissait de Bordeaux, fuyait son destin de notable. Cyril rachète la ferme de ses grands-parents. Une dizaine d'années plus tard, Sophie, la citadine, passionnée de chevaux, passe par-là. Épaule contre épaule, ils ont construit, galéré, traversé vaches maigres et folles, et les jours aphteux aussi. Aujourd'hui, leur ferme, celle du bas, a été rendue à la gloire de ses poutres et de ses briques. Il y a les deux enfants rieurs, les amis de la côte du Poulet, Kiev et Tahiti, les chevaux, et un gentil sac à puces gris et noir, tout couillon avec les brebis. La carte postale. Mais la trouille, la vraie, n'est pas loin. L'angoisse de tout un monde paysan qui se sent perdu, instrumentalisé, téléguidé, contemplé comme un animal en voie de disparition. «C'est grâce aux aides que l'on vit aujourd'hui. Mais est-ce bien raisonnable?», interroge Cyril.
A Villelongue, tout à côté de Perpignan, Christophe, le maraîcher, lui, surveille le ciel. Il craint la neige. C'est elle qui lui a mis ses serres par terre il y a dix ans, quand il est tombé un mètre de flocons lourds. Alors, depuis, il a investi dans des modèles de 120 mètres de long avec «des arceaux plus serrés, pour mieux tenir», s'est enseveli sous les assurances et les crédits. Pour assurer un revenu stable, rembourser, Christophe Monnels est devenu chef d'entreprise et a mis 80% de ses serres en «quatrième gamme»: les salades prêtes à l'huile et au vinaigre, que l'on retrouve sous azote et en sachets sous les néons de nos supermarchés. Les usines garantissent un prix fixe, par contrat, et la quantité aussi... Les Monnels ont presque fini de rembourser leurs crédits. Ils respirent un peu, et Anaïs, la femme de Christophe, parvient à voler quelques jours de vacances. Mais dans le monde de la salade impeccable, l'erreur est fatale. La moindre feuille tachée de boue ou le moindre insecte, et les usines refusent le «produit». «Tout le monde demande un résultat parfait, joli à croquer, et paradoxalement de plus en plus écolo.»
Alors, le bio? «Franchement, lâche Christophe, ce n'est pas assez encouragé. Le bio se fera, mais à partir de l'étranger, là où la main-d'œuvre est peu coûteuse, et l'exploitation plus extensive...» Mais c'est sûr, un jour les Monnels quitteront leur maison située en village, dans un lotissement, pour venir habiter à la campagne, «au milieu des terres...» Mais pour leur fille, Laura, ils veulent un autre avenir. «C'est trop de stress, trop d'angoisse, trop dur...», dit la pétillante Anaïs. «L'an dernier, ceux qui faisaient de la pomme de terre, ils ne s'en sont pas sortis», soupire Christophe.
En Gironde, Cyril, l'éleveur, lui, reste ébranlé par les dégâts de la crise de la vache folle. Il ne comprend pas: «Cette folie médiatique, pour si peu de cas réels... C'est tout un système qui a dérapé.» Ont-ils été inquiets? «Oui, pour les enfants. À l'école, ils mangeaient du bœuf...», se souvient Sophie. «Je connaissais quelqu'un qui s'est suicidé suite à cette histoire...», poursuit le mari.
Lui, le bio, il n'y croit pas. La partie intensive de son élevage, l'engraissement des taurillons avec de l'ensilage de maïs, le fait vivre grâce aux primes. Une hérésie nécessaire. Il y a encore l'agneau de Pauillac, un label de qualité, qui fournit un bon complément avec leur centaine de brebis. Le bio, il le laisse à sa femme, qui a obtenu quelques aides, comme le CTE (contrat territorial d'exploitation) pour les prés de Dautic. Mais est-ce que cela pèsera assez lourd? Tous ceux qui font du bio se tuent au travail, bossent jour et nuit, se privent de tout... Sophie ne se rend pas. «Je n'achète pas de Coca, je prends des pâtes bio, du riz bio, parce que je veux que mes gamins mangent correctement. Plus personne ne veut rien dépenser pour la nourriture.»
Mais après quelques années fastes, les temps sont devenus durs pour les pro-bio. «Ah! c'est sûr, il faut être militant. Les systèmes d'aide et l'organisation de la distribution nous défavorisent. On sacrifie les week-ends, et on ne roule pas sur l'or», confirme Patrick Maillet, chef de culture à la ferme de Sainte-Marthe, en Sologne. Cette exploitation a été reprise par Philippe Desbrosses dans les années 70, qui en a fait un haut lieu de la culture biologique. Avec une spécialité de légumes rares: semences bio et espèces menacées, afin de contribuer à la préservation des variétés, de la tomate mirabelle à la courge trombolino.
Après le succès du lancement du potimarron et autres courges, d'un catalogue de semences, mais aussi de séminaires de formation à l'«intelligence verte», la ferme traverse aujourd'hui une période plus difficile. Ce qu'il regrette le plus, Patrick, l'enfant de la ville amoureux des arbres, c'est d'avoir tant sacrifié de sa vie pour un si maigre résultat. «On continue. C'est la vente directe qui permettra de s'en sortir...»
Sophie en est rendue à la même conclusion. Ses veaux de race limousine, élevés sous la mère dans ses prés de Dautic, elle les vendra elle-même. «La qualité, ça peut fonctionner. On ne peut pas faire seulement de l'industrie à la campagne. Moi, quand Cyril met des pesticides sur les maïs, cela me rend folle... Et si demain il fait entrer des OGM dans les champs, je m'en vais, je quitte la ferme!»
Même l'imposant céréalier qu'est Jean-Michel Sébastien, fort de ses 200 hectares en pleine Beauce, à Ardelu, est plutôt tiède sur les OGM. S'il n'en craint pas les conséquences sanitaires, il voit mal les avantages de cette évolution taillée pour donner un plus grand contrôle aux semenciers. Lui ne pourra plus reproduire ses graines. Et milite aussi, à sa manière, pour la vente directe, aux meuniers. Plus facile à dire qu'à faire, avec ses 1 200 tonnes de blé à écouler. «Je ne parviens pas encore à vendre en direct. Les coopératives ne voient pas cela d'un bon œil.»
Sous la pression des marchés, avec des cours en baisse, comme dans tous les domaines de la production agricole, l'entonnoir des contraintes conduit toujours les paysans vers l'intensification des cultures et l'extension des fermes. «J'ai tenté trois diversifications au cours de ma carrière, poursuit le céréalier de 50 ans. La luzerne, le tabac, les haricots secs.» Il avoue les difficultés, les erreurs, les arnaques, le manque de main-d'œuvre, sa fatigue. «J'ai fait ma part. Aujourd'hui, je suis seul pour 200 hectares, alors qu'il y a trente ans on pouvait vivre avec 40...»
Comble de malchance, la récolte 2003 s'annonce mal. Tandis que les Parisiens restaient bloqués sur les autoroutes, en janvier, les blés, eux, gelaient. Tout est à refaire. Alors, sur la terre grasse de la Beauce, les phares de son énorme tracteur trouent souvent la nuit vers quatre heures du matin. Trop incertain. Trop de solitude. Les deux fils sont partis vers d'autres horizons, l'électronique, l'informatique.. «Je connais plein de Beaucerons qui restent seuls, ils ne trouvent pas de femme, ils dépriment...» «Oui et en plus on nous traite de pollueurs, on nous accuse de détruire la nature!», s'indigne Marie-José, son épouse. Pour faire du bio, il faudrait vendre les blés trois fois plus cher, ce devrait être possible, car ce n'est qu'une infime partie du prix du pain. Mais qui va baisser ses marges? «Et puis franchement, moi, je ne supporterais pas de voir mes champs sales, avec des mauvaises herbes... Il faudra attendre de changer de génération. Mais c'est vrai, les sols se dégradent, même si les rendements sont spectaculaires.» Solitude et culpabilité. Ces sentiments-là surgissent volontiers, après quelques heures autour de la table ou sur le tracteur...
Produire seul, ou même avec l'aide de sa compagne, sur un domaine de 100 ou 200 hectares, est devenu une gageure. La logique semble pousser au-delà encore. Dans des dizaines de fermes, déjà, ce sont des robots qui assurent la traite. Plus besoin de se lever à 6 heures du matin. La machine est là. Fascinante de promesses... avec son palpeur, son capteur qui détecte les trayons, et la vache qui va se faire traire quand bon lui semble, dans un labyrinthe digne d'un film de Jacques Tati. Les maïs, eux, sont passés au tracteur climatisé, avec la cabine fermée, les filtres à charbon activés, pour ne pas respirer les molécules fatales aux pucerons et aux champignons... «Une fois, j'ai un copain qui avait mis un masque de protection et une combinaison, il a failli se faire lyncher par les riverains de ses champs», raconte un exploitant. La partie de poker ne leur semble pas claire. Cyril cite ces paysans qui gèrent des milliers d'hectares dans le but de bénéficier des primes à la jachère. «On veut encore nous faire faire des conneries... On manquera de viande l'an prochain, alors on nous encourage à produire du veau rosé, avec des races laitières!»
La laitière, justement, c'est sacré chez Pascal et Véronique. Dans le bocage, le vrai, à Chaunu, pas loin de Flers (Orne), les Hardouin engraissent aussi des taurillons. Mais ici c'est le lait qui fait tourner la ferme. Trente-cinq fois 25 litres par jour, en moyenne. «Nous, le bio, on n'y croit pas. Les producteurs de lait qu'on connaît et qui s'y sont lancés ne gagnent rien. Ils sont en surproduction», reconnaît Pascal. Bien sûr, il aimerait faire autrement. Mais comment faire machine arrière? Revenir de l'intensif vers le bio lui paraît impossible... «Ceux qui y vont étaient déjà quasiment en bio, il y a trop de contraintes...»
«Aujourd'hui, on va aux sports d'hiver, on a le chauffage, on élève nos cinq enfants correctement, et l'été, on accueille des jeunes défavorisés de Fécamp...», renchérit Véronique, une solide blonde, qui gère tout son petit monde avec une gentille fermeté, et exhibe les carnets sanitaires et de primes du bétail. «J'y passe deux heures par jour, on regarde les primes sur Minitel, on est contrôlés, ils en savent plus que nous sur nos bêtes, à la direction de l'agriculture...» De moins en moins d'autonomie.
La mécanisation, l'industrialisation ne les contentent pas non plus. Culpabilité? «Non, on fait attention, plus que jamais, aux pesticides. On a arrêté les conneries, les surdosages...» Perdre deux bêtes par an, les pattes brisées dans le racleur automatique à fumier dans les enclos couverts, est une horreur. Mais Pascal assume son choix. «Ceux qui n'ont pas intensifié ne sont plus là». Et leurs terres ont été louées à d'autres.
Les produits made in Normandie à l'honneur
 Alexandra Michot [22 février 2003]
 Elle s'appelle Mélaine. Une belle vache de race normande, et surtout mascotte du 40e Salon de l'agriculture. La Normandie est, en effet, l'invitée d'honneur du Salon 2003. Ambassadrice de sa région, la normande succède aux races montbéliarde et charolaise, qui représentaient respectivement la Franche-Comté en 2001 et la Bourgogne l'année dernière.
A la suite de Mélaine, ce sont tous les acteurs de la filière agricole normande qui «montent à Paris». «Nous avons voulu que tout ce qui fait la richesse de notre région soit mis en avant», explique Daniel Epron, directeur de l'Institut régional de la qualité agroalimentaire de Normandie (Irqua). Si la Normandie évoque instantanément les vaches, les prairies et les pommiers, elle parle aussi aux gourmands. Que les visiteurs du Salon soient rassurés: la gastronomie fait bien partie de la visite.
Les A0C célèbres, bien sûr (camembert, livarot, pont-l'évêque, neufchâtel, beurre et crème d'Isigny, ou encore cidre et calvados du pays d'Auge), ou moins connues (pommeau de Normandie, calvados domfrontais et poiré). Mais la région a d'autres trésors à nous faire (re)découvrir à l'occasion du Salon, de l'andouille de Vire aux moules de bouchot en passant par la tendre carotte de Créances. «De cette diversité est née la Gourmandie», raconte Daniel Epron. Ce «pays imaginaire», entre Normandie et gourmandise, qui rassemblera le meilleur des produits régionaux durant le Salon de l'agriculture, est appelé à devenir un label de qualité. Cinquante produits issus de l'agroalimentaire normand répondent déjà à la charte de qualité mise en place. Et, pour les accommoder au mieux, trente chefs du terroir normand se relaieront sur les stands des producteurs pour de savoureuses démonstrations.
Demain dimanche, ne manquez pas celle de Michel Bruneau, chef doublement étoilé de La Bourride à Caen, qui donnera une leçon de cuisine à base de produits cidricoles. Au menu: «Une joue de bœuf braisée au pommeau de Normandie, un petit pot de pied de bœuf, racines du pays et infusion de cidre et, en dessert, une poire flambée au calvados», annonce Michel Bruneau qui assume sans complexe son goût prononcé pour les pommes. Il vaut bien un détour par le hall 4, avant d'accompagner les plus jeunes au Jardin des 5 sens, un ensemble d'ateliers ludiques consacrés au goût, pour que les enfants aiguisent leurs papilles.
Les vingt-deux autres régions présentes sur le Salon auront fort à faire, cette année, pour sortir leur épingle de la... botte de foin. «Ce n'est pourtant pas naturel chez les Normands de se mettre en avant, note Daniel Epron. Il a fallu forcer notre nature.» Par chance, c'est une bonne nature.
EXPOSITION Jacques Chirac inaugure samedi le 40e Salon international de la porte de Versailles Quand la nouvelle PAC fera éclater les filières agricoles Le Salon de l'agriculture s'ouvre samedi dans un contexte de négociations internationales difficiles: la réforme de la politique agricole commune (PAC) préparée par le commissaire européen Franz Fischler et les négociations sur l'agriculture au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La première est largement contestée par les agriculteurs français, qui refusent que les aides agricoles soient découplées de la production. Les secondes n'ont guère avancé à Tokyo la semaine dernière où les parties, Europe, Etats-Unis et groupe de Cairns, n'ont pu que tomber d'accord sur... leur désaccord. Nul doute que ce contexte sera largement évoqué dans les allées du salon.
 M.-L. B. [22 février 2003]
 L'exception agricole française survivra-t-elle? L'exception, en l'occurrence, porte sur l'organisation professionnelle du secteur. Par rapport à ses voisins européens et américains, elle se singularise par son nombre de coopératives et l'existence d'interprofessions et d'offices agricoles, établissements publics qui gèrent la politique agricole. Ce modèle vertical, hérité de la tradition colbertiste de la France, s'est largement nourri du protectionnisme agricole européen. La libéralisation des marchés et la part croissante de la société civile dans le débat sur la mondialisation pourraient bien venir à bout de ce modèle.
Créées au cours de ces cinquante dernières années, les interprofessions ont pour but de gérer, au sein des différentes filières d'activité, les rapports entre producteurs, coopératives, industriels de la transformation et distributeurs. Objectif: partager équitablement la valeur ajoutée des produits.
Certaines filières sont bien organisées: lait, oléagineux (huiles de colza et tournesol) et protéagineux (produits riches en protéines comme le pois), sucre, légumes en conserve... Ces filières industrielles bénéficient de l'effet structurant du procédé industriel auquel elles recourent. A la sortie de la ferme, par exemple, le lait est collecté par les coopératives. Celles-ci se tournent ensuite vers les industriels de la transformation, qui apportent leur valeur ajoutée (yoghourts, fromages). Ce bon fonctionnement, elles le doivent aussi au protectionnisme européen qui a conduit la puissance publique à mettre en place une logique d'organisation commune des marchés (OCM) par produit. Il est plus facile de s'organiser quand les quotas de production «sécurisent» les prix.
D'autres filières sont mal en point. D'une part, les filières commerciales dont les produits ne nécessitent pas de transformation importante, et donc bénéficient d'une faible valeur ajoutée. Ils sont directement vendus, soit à la grande distribution, soit aux consommateurs. C'est le cas de la filière fruits et légumes, qui connaît des relations houleuses entre producteurs et distributeurs faisant régulièrement la une des journaux. D'autre part, celles des viandes (porcs, dindes) où salaisonniers (charcuterie, jambons...) et abatteurs ne jouent pas suffisamment un rôle fédérateur. «C'est encore l'esprit maquignon du chacun pour soi», entend-on chez les Jeunes Agriculteurs.
Il n'empêche. Qu'elles soient organisées ou non, on peut s'interroger sur la représentativité de ces interprofessions. Dans la filière lait, par exemple, la grande distribution n'est pas représentée. Quant aux associations de consommateurs, elles sont carrément absentes des organisations professionnelles alors que l'opinion publique accorde de plus en plus d'importance à la traçabilité des produits alimentaires et à l'étiquetage des OGM (organismes génétiquement modifiés). Les syndicats minoritaires, c'est-à-dire la Coordination rurale, très conservatrice, et la Confédération paysanne, proche de José Bové, n'ont également pas le droit au chapitre alors que les interprofessions sont financées par des cotisations obligatoires prélevées (par l'Etat) sur l'ensemble des paysans.
Autre particularité française: les Offices agricoles, créés en 1982 par Michel Rocard, alors ministre de l'Agriculture. Leur but: verser des aides aux agriculteurs, gérer le stockage de la production et offrir de l'information sur les divers marchés. Aujourd'hui, ces Offices sont critiqués pour l'importance de leurs effectifs – 1800 personnes dont 700 pour le secteur des céréales et 300 dans celui du lait – et pour les nominations politiques de leurs directeurs. Sur l'inflexion de Bercy, le nouveau gouvernement a réduit de 15% le budget des Offices pour 2003. Depuis, le ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard, a commandé à son administration un rapport sur le sujet.
L'avenir des Offices est en effet menacé par la libéralisation des marchés. Le projet de réforme de l'Union européenne (UE) préconise de découpler des aides du niveau de production – car elles maintiennent les prix élevés – et de verser aux agriculteurs des compléments de revenus. Ceux-ci seront rémunérés selon une aide forfaitaire à l'exploitation et leurs efforts à s'orienter vers une agriculture plus «verte» (dévéloppement durable). Les organisations communes de marchés (OCM) par produits n'auraient alors plus lieu d'être, laissant la place à une nouvelle logique basée sur les territoires et les hommes. De quoi remettre en cause le modèle centralisé des Offices, mais également des filières.
Jacques Chirac attaque la réforme de la PAC Le président, qui a inauguré le salon de l'Agriculture samedi matin, a sévèrement critiqué le projet de réforme du commissaire européen à l'Agriculture, Franz Fischler, qui suscite le mécontentement des agriculteurs français. 600.000 visiteurs sont attendus jusqu'au 2 mars porte de Versailles.
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 Jacques Chirac boit du cidre au salon de l'Agriculture (AP) |
Jacques Chirac soigne sa popularité dans le monde rural. Le chef de l'Etat, qui inaugurait samedi matin le 40e Salon international de l'agriculture à Paris, ouvert jusqu'au 2 mars, a profité de sa plongée annuelle dans «la plus grande ferme de France» pour apporter un soutien total aux agriculteurs et aux pêcheurs français face aux projets de réforme des politiques européennes. En raison d'un agenda international chargé, le chef de l'Etat n'a passé «que» 3h30 dans les allées du Parc des expositions de la porte de Versailles, loin de son record de six heures établi au début de son premier mandat, ou des 5h20 de la visite 2002, en pleine campagne présidentielle. Si le rythme a été plus rapide que d'habitude, Jacques Chirac a satisfait comme chaque année avec un plaisir non dissimulé au rite de l'inauguration, couvant les vaches et autres taureaux avec un regard de professionnel. Il est 8h45 et la visite vient de commencer. «Belle bête!», s'exclame le président devant une Aubrac. «Les Limousins devraient se méfier», lance-t-il à l'éleveur, qui venait de lui expliquer que les Aubrac étaient la race bovine la plus exportée en Russie, devant les Limousines. Après avoir posé avec des élèves d'un lycée agricole de Ploermël (Morbihan) et vidé un verre de cidre de Normandie, région invitée d'honneur du salon, le chef de l'Etat s'est arrêté au stand de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), pour la traditionnelle rencontre avec la principale organisation professionnelle.
Gobelet de bière à la main
Un gobelet de bière à la main, il a écouté les doléances des agriculteurs en compagnie du ministre Hervé Gaymard. Président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer a protesté contre le «découplage» des subventions versées aux agriculteurs par rapport aux productions prévu dans le dernier projet de réforme de la Politique agricole commune (PAC) présenté le 22 janvier par la commissaire européen Franz Fischler. Jacques Chirac, farouchement opposé à ce projet, refuse toute renégociation de la PAC avant l'échéance de 2006, prévue par l'accord signé en mars 1999 par les Quinze à Berlin. La France a même obtenu en octobre dernier à Bruxelles que la PAC ne soit pas remise en cause par l'élargissement de l'UE. Saisissant la perche, le président français a fustigé «l'entêtement» du commissaire Fischler, qui «a cru devoir faire de nouvelles propositions» en «ignorant superbement les conclusions du conseil européen». «Cette initiative est à la fois très mal vue parce que contraire aux décisions de l'Union européenne et inutile parce qu'elle n'a aucune chance d'aboutir», a-t-il affirmé. Répondant à une autre revendication des agriculteurs, Jacques Chirac a dénoncé les pratiques «scandaleuses» de la grande distribution par rapport aux agriculteurs.
Franz Fischler en prend pour son grade
Franz Fischler en a à nouveau pris pour son grade lors de la rencontre qui a suivi avec huit professionnels de la mer du littoral atlantique impliqués dans la lutte contre la marée noire du «Prestige». Après avoir rendu hommage à «l'intelligence», au «courage» et à la «détermination» des pêcheurs et ostréiculteurs, et promis qu'il réinterviendrait «très fermement» en leur faveur lors des prochaines réunions européennes, M. Chirac a dénoncé les «jugements hâtifs» portés à Bruxelles sur les professionnels de la mer. Ces propos visaient la réforme de la politique commune de la pêche décidée en décembre par les Quinze. A l'issue de cinq jours de négociations houleuses, la France et les pays «amis de la pêche» avaient alors réussi à infléchir les propositions du commissaire Fischler. S'il a épousé totalement les positions des agriculteurs face à Bruxelles, Jacques Chirac a été moins suivi sur sa proposition de moratoire sur les «aides aux exportations agricoles déstabilisantes», faite la veille au sommet France-Afrique dans la perspective du prochain G8. La FNSEA a accueilli avec une certaine méfiance cette idée, qui revient à remettre en cause le système productiviste mis en place depuis un demi-siècle en Europe. «Il faut être sûr que les annonces qui sont faites servent bien les agriculteurs et pas les multinationales», a remarqué l'ancien président des Jeunes agriculteurs Pascal Coste. L'an dernier, près d'un Français sur cent (612.610 visiteurs, dont 66.000 moins de 15 ans) est venu se promener dans les quelque 134.000m2 du SIA.
Les Français saluent le courage des agriculteurs
Les Français apprécient toujours le «courage» et la «modernité» des agriculteurs, selon un sondage IFOP à paraître dimanche dans Ouest-France alors que vient de s'ouvrir à Paris le 40e Salon international de l'Agriculture. Comme les pompiers, les agriculteurs jouissent d'une grande popularité, qui ne se dément pas avec les années. D'après ce sondage, neuf Français sur dix (91%) les trouvent courageux et huit sur dix (80%, en hausse de 6 points par rapport à l'an dernier) saluent leur «modernité». Une proportion stable des sondés (64%, contre 63% en 2002 et 2001) estime aussi que les agriculteurs sont compétitifs. Aux yeux des Français, et en particulier des plus jeunes, des Franciliens et des sympathisants de gauche, la personnalité qui représente le mieux le monde agricole est toujours José Bové, menacé de retourner en prison la semaine prochaine pour l'arrachage de plants de maïs transgénique. Pour 44% des personnes interrogées (-2 points par rapport à 2002), le porte-parole de la Confédération paysanne reste le meilleur défenseur des intérêts agricoles français, loin devant le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer, le ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard ou le président Jacques Chirac, chacun crédité de 10% des suffrages.
Femmes et jeunes plus bienveillants
Ce qui varie par rapport aux années précédentes, c'est l'impression des personnes interrogées que les agriculteurs sont plus responsables: plus respectueux de la santé publique (63%, en hausse de 8 points par rapport à 2002) et de l'environnement (50%, également +8 points). Globalement, les femmes et les jeunes sont plus bienveillants sur le monde agricole. Les jeunes de moins de 35 ans sont par exemple 71% à penser que les agriculteurs sont respectueux de la santé des Français. Une faible majorité (55% contre 57% en 2002) des sondés trouve toujours que la monde agricole est «assisté», mais les Français ne sont plus que 20% (contre 29% en 2002) à condamner les professionnels du secteur pour la violence de leurs actions. Mais un sondé sur trois (32%) les juge encore «égoïstes». Ce sondage a été réalisé par téléphone auprès d'un échantillon de 965 personnes majeures selon la méthode des quotas les 20 et 21 février. AP
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Fischler: l'absence de réforme de la PAC n'aiderait pas les Français
BRUXELLES, 22 fév (AFP) - Le commissaire européen à l'Agriculture, Franz Fischler, a répondu samedi aux critiques du président français, Jacques Chirac, à l'égard de son projet de réforme de la politique agricole commune (PAC) des Quinze, en assurant qu'un statu quo nuirait aux exploitants français. "J'ai beaucoup de respect pour le président Chirac, pour son engagement pour l'agriculture française. Nous avons le même objectif: travailler pour sauvegarder l'avenir de nos agriculteurs. Mais nous avons des opinions différentes sur le moyen d'atteindre cet objectif", a réagi M. Fischler.
"L'absence de réforme de la PAC n'aiderait pas les agriculteurs français", a-t-il ajouté, dans une déclaration écrite transmise à l'AFP.
Le commissaire a réaffirmé que son objectif était de "mettre en place une PAC forte" préservant les revenus des exploitants et "sauvegardant le modèle européen d'une agriculture durable".
Il a assuré que ses nouvelles propositions de réforme de la PAC respectaient les accords du sommet européen de Berlin de 1999, qui avait arrêté jusqu'en 2006 le budget de l'UE, dont la PAC est le principal poste.
Le commissaire a aussi souligné la nécessité de tenir compte des "obligations" internationales de l'UE, en référence aux négociations agricoles à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
A l'occasion de l'ouverture du Salon de l'Agriculture samedi à Paris, M. Chirac a accusé samedi M. Fischler d'"entêtement" à vouloir réformer la PAC avant l'heure. Qualifiant d'"initiative mal venue" le nouveau projet présenté le mois dernier par Bruxelles, il a affirmé que ces propositions "naturellement n'aboutiront pas".
La Commission européenne a suscité la colère de Paris en remettant sur la table fin janvier son projet controversé de couper dès 2004 le cordon liant les aides directes aux agriculteurs de l'UE à leur niveau de production.
| LE MONDE | 22.02.03 | 12h50
Les constructeurs automobiles abandonnent les tracteurs
Au moment où s'ouvre à Villepinte (Seine-Saint-Denis), en région parisienne, la grande messe du machinisme agricole - un événement qui n'a lieu que tous les deux ans -, le tractoriste Renault Agriculture est sur le point de changer de mains, signe avant-coureur d'une nouvelle consolidation du secteur.
Renault devrait annoncer éminemment la cession de 51 % de sa filiale spécialisée à l'allemand Claas, un groupe familial deux fois plus gros que Renault Agriculture et spécialiste des machines de récoltes et fenaison. Le projet, adopté jeudi 20 février par le comité central d'entreprise de Renault Agriculture, prévoit que Claas portera sa part à 80 % du capital "au terme d'une période de deux à trois ans". Renault s'engage à se maintenir dans le capital de sa division agricole jusqu'en 2010. De son côté, Claas pourra utiliser la marque Renault pendant cinquante ans.
Parmi les syndicats, seule la CGT, minoritaire face à la CGC, FO, la CFDT et les indépendants réunis, s'est opposée au projet. Elle déclare n'avoir obtenu aucune garantie sur les 2 074 emplois de Renault Agriculture et sur le sort à moyen terme de l'usine du Mans (Sarthe), qui regroupe le tiers des effectifs. Le syndicat craint également de voir disparaître le dernier tractoriste français.
Renault s'apprête à abandonner une diversification vieille de près d'un siècle. Ses premiers tracteurs ont été fabriqués en 1918 sur la base de char d'assaut, à l'issue du premier conflit mondial. "Depuis 1945", se vante le groupe sur son site Internet, "près de 770 000 tracteurs ont été livrés sur les cinq continents". Dans les faits, les tracteurs Renault connaissent surtout les sillons de l'Hexagone (où ils se taillent 18,5 % de parts de marché). Avec un chiffre d'affaires de 3,37 milliards d'euros en 2001, le marché du machinisme agricole français est le premier d'Europe. Cela, cependant, ne suffit pas pour faire de Renault Agriculture un poids lourd européen, ses ventes se limitant à 2 % du total.
Déficitaire en 2000 et 2001 (- 13,6 millions d'euros en 2001), Renault Agriculture a pourtant terminé l'année 2002 dans le vert, avec un bénéfice de 3,5 millions d'euros, pour des ventes consolidées de 636,8 millions d'euros. Mais l'agriculture n'est plus une priorité pour Renault, qui a souhaité se concentrer sur son cœur de métier, l'automobile. Il s'est déjà défait de sa branche de logistique automobile (au profit du consortium Albateam) il y a deux ans et de sa branche poids lourds (cédée au suédois Volvo) il y a deux ans et demi.
A l'issue de l'accord avec Claas, ils ne seront plus que sept grands acteurs mondiaux à se partager un gâteau de 40 milliards d'euros. Au deux premiers rangs, l'américain John Deere, devant l'italien CNH (groupe Fiat), issu de la fusion, en 1999, des marques Case et New Holland. Le troisième, l'américain Agco (fusion de Massey Ferguson et Fendt), pèse deux fois moins. Le rapprochement de Renault Agriculture et de Claas donnerait naissance au numéro quatre mondial, profitant de la complémentarité des deux groupes : la gamme moyenne (50 à 250 chevaux) de tracteurs de Renault va s'allier au réseau international et à la diversité de Claas, par ailleurs numéro un mondial dans le domaine des moissonneuses-batteuses. Avec moins d'1 million d'euros de chiffre d'affaires annuel, les italiens Argo et Same Deutz-Fahr, ainsi que le finlandais Valtra, sont loins.
La chute du nombre d'agriculteurs dans les pays développés est à l'origine de ces phénomènes de concentration. En France, sur les 764 000 chefs d'exploitation recensés en 2000, seuls 450 000 sont encore des actifs agricoles à temps plein. Les ventes de machines agricoles diminuent avec la clientèle. Les investissements étant très lourds, les fabricants sont incités à se regrouper. "Les grands groupes entrent dans une course à la taille critique, explique Jean-Paul Papillon, du Syndicat général des constructeurs de tracteurs et machines agricoles (Sygma). Les petits fabricants, eux, doivent trouver des niches de marché qu'ils seront seuls à occuper."
Pour accroître leurs bénéfices, les constructeurs se déploient vers l'Europe de l'Est et l'Asie, notamment en l'Inde. Voire en Chine, où CNH a créé en 2001 une filiale commune avec Shanghai Tractor, qui vise la production de 18 000 tracteurs par an. La plupart élargissent aussi leur offre, du tracteur jusqu'aux outils attelés, alors que Renault Agriculture était resté sur un seul produit. Ainsi, en deux ans, Argo a acquis un grand nombre d'usines en Europe, dont celle, ultramoderne, de Saint-Dizier (Haute-Marne), proposant ainsi des outils de jardinage, des tracteurs agricoles, des machines de labour, ou encore des accessoires, telles les cabines de tracteur.
Les fabricants construisent des machines de plus en plus perfectionnées, à des prix plus élevés. Elles intègrent des technologies de plus en plus pointues : l'informatique à bord, des outils de mesure de récolte et de traçabilité. Les agriculteurs, quant à eux, achètent moins de matériel, mais choisissent des engins puissants et les mettent de plus en plus souvent en commun.
Les constructeurs ont tenté par tous les moyens d'optimiser leurs coûts de fabrication. Ils sont plusieurs à utiliser le même moteur, à développer des modèles avoisinants sous des marques différentes. Renault Agriculture et Agco ont créé une filiale commune qui conçoit et fabrique les transmissions de leurs tracteurs.
Les perspectives du secteur ne sont pas brillantes. Une étude de l'institut Xerfi d'août 2002 pointe qu'un seul tracteur, contre 5,1 aujourd'hui, sera nécessaire pour travailler 100 hectares dans un proche avenir.
C'est dans ce contexte que les constructeurs automobiles sont tentés de laisser la place aux spécialistes de l'agriculture. " Les grands groupes automobiles vont se concentrer sur leur cœur de métier, confirme Stéphanie Lopes D'Azevedo, auteur d'une étude sur le machinisme agricole pour l'institut Xerfi. Il est fort probable que, après Renault, Fiat qui est en prise à de sérieuses difficultés, se désengage à son tour de l'agriculture", prédit-elle. La filiale agricole du groupe italien, Case New Holland, a connu en effet une année 2002 catastrophique en enregistrant une perte nette consolidée de 426 millions de dollars (395,8 millions d'euros), après avoir déjà perdu 332 millions de dollars (308,5 millions de dollars) en 2001. En grave difficulté financière, Fiat a déjà annoncé qu'il se séparerait de sa compagnie d'assurances Toro et d'Avio, son constructeur de moteurs d'avion.
Véronique Lorelle et Nicolas Filio
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.02.03
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-22 12:21:58
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