Le président (UMP) de l'Assemblée de Corse, José Rossi, y a vu un signe de "dégel". Pour le maire (PRG) de Bastia (Haute-Corse), Emile Zuccarelli, il ne s'agit que d'"une occasion perdue de débattre des problèmes de fond". Réunie à Borgo, samedi 8 février, l'association des maires de Haute-Corse s'est prononcée à une courte majorité en faveur d'une communauté territoriale unique. Sur les 200 élus présents, 101 ont opté pour cette solution et 98 ont préféré le maintien du statut actuel : depuis 1975, la Corse est divisée en deux départements, la Corse-du-Sud et la Haute-Corse.
Le débat autour de la réforme des institutions de l'île avait été au cœur du récent voyage à Ajaccio du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy (Le Monde du 21 janvier). Le numéro deux du gouvernement n'avait pu que constater, une nouvelle fois, les divisions de la classe politique corse. Conduits par M. Rossi et Paul Giacobbi, président (PRG) du conseil général de Haute-Corse, les partisans du passage à la collectivité unique se heurtent de front à M. Zuccarelli et au sénateur de Corse-du-Sud Nicolas Alfonsi, défenseurs du statu quo. Favorables, eux aussi, à la collectivité unique, les élus nationalistes se tiennent pour l'instant à l'écart. Ils avaient ainsi boycotté, en janvier, le déplacement ministériel.
"Le vote de la Haute-Corse est un signe encourageant, s'est félicité M. Rossi. Car, dans une consultation précédente, les maires avaient préféré le maintien des deux départements. Leur décision lève un véritable blocage." A l'Assemblée corse, deux journées de débat sont programmées, les 14 et 21 février. Elles doivent aboutir, le 28 février, à une délibération des élus qui dira oui ou non à la collectivité unique.
TROIS HYPOTHÈSES
"Sur l'ensemble de l'île, les élus restent favorables aux deux départements. Je regrette surtout que l'Etat ne soit pas un arbitre neutre", assure M. Zuccarelli, dans une allusion au document rédigé par le préfet de région à la demande de M. Sarkozy.
Cette synthèse destinée aux élus étudie différents scénarios d'évolution institutionnelle. Intitulé "Proposer des simplifications institutionnelles pour la Corse. Concilier cohérence et proximité", le texte souligne les multiples inconvénients liés à l'existence des deux départements : dépenses de fonctionnement excessives, politiques d'équipement public "hétérogènes", ou encore, "manque de clarté pour le citoyen, qui ne perçoit pas toujours qui fait quoi".
A la suite de ce constat, trois hypothèses sont évoquées : un statu quo aménagé, la désignation d'une collectivité chef de file, ou le regroupement des départements sous l'égide d'une collectivité nouvelle "unifiée mais décentralisée". La préfecture de région ne cache pas sa préférence pour la deuxième solution, qualifiée de "probablement plus efficace".
Pascal Ceaux