"Pour beaucoup d'entre nous, on se levait pour rien, ou pas du tout. Maintenant, on sait pourquoi on sort du lit le matin", affirme Romain, 21 ans. De se sentir utile et attendu par les coéquipiers avec qui il travaille, concrètement, à "améliorer la vie au quotidien" : voilà ce qui, à Lyon, fait bouger Romain.
Comme lui, une centaine de jeunes, âgés de 18 à 25 ans, se sont engagés à temps plein, durant l'année scolaire 2002-2003, dans le "service volontaire de solidarité" organisé par le réseau associatif Unis-Cité.
Implanté depuis huit ans en Ile-de-France, et plus récemment à Grenoble, Lille, Lyon et Marseille, cet organisme – soutenu par des aides publiques et privées – promeut l'engagement de jeunes de tous milieux, niveaux scolaires et nationalités au service de la collectivité. Certains, en délicatesse avec l'école, ont déjà enchaîné galères sur petits boulots. D'autres, après le baccalauréat ou des études supérieures, se donnent un temps de réflexion pour clarifier leurs objectifs de formation ou d'insertion. Tous sont recrutés en fonction de leur désir de s'investir dans la solidarité de proximité.
Durant leur volontariat, ils perçoivent une bourse mensuelle de 381 € , somme qui n'est pas très éloignée du montant du RMI (411,70 € ), auquel les moins de 25 ans ne peuvent pas prétendre. Ils sont également dédommagés de leurs frais de transport, mais leur hébergement n'est pas assuré.
L'ENVERS DU DÉCOR
Encadré par un salarié d'Unis-Cité, chaque groupe de six à huit jeunes est détaché par l'association auprès de structures d'entraide qui manquent de bras et de talents pour développer leurs activités. Repeindre un centre social, organiser une fête de quartier, aménager un espace vert autour de leur foyer avec des mineurs demandeurs d'asile, trier et distribuer des vêtements destinés à des sans-abri, mettre en place une bibliothèque pour enfants ou des animations auprès de personnes âgées : tels sont les projets auxquels s'attellent les volontaires pendant neuf mois. Chaque réalisation les mobilise de trois à huit semaines, selon les cas.
Pour permettre aux jeunes de prendre du recul par rapport aux actions de terrain et leur ouvrir, aussi, d'autres horizons, des rencontres sont organisées avec différents acteurs sociaux. Félix, 26 ans, volontaire en Ile-de-France il y a deux ans, garde un souvenir très fort d'échanges avec une assistante parlementaire, un procureur de la République, un responsable de stages d'insertion pour RMistes, un membre de l'association Attac et un commissaire de police. "Avec ces professionnels qui nous font partager leur expérience, on a vraiment l'impression de découvrir l'envers du décor", estime-t-il.
En voyant fonctionner la société, les intéressés appréhendent mieux la façon dont eux-mêmes pourront s'y insérer. Choix ou validation d'une orientation pour les uns, sas de reconversion pour les autres : quel que soit leur parcours, les volontaires mettent à profit leur année pour préparer l'avenir. "Nous portons une grande attention à ce que chacun puisse rebondir au mieux après son passage par Unis-Cité", souligne Elisabeth Bourgain, membre du conseil d'administration de l'association.
Les jeunes bénéficient ainsi de sessions collectives de formation destinées à les aider à élaborer leur projet personnel. Bilan de compétences, évaluation de ses aptitudes et centres d'intérêt, définition de ses objectifs professionnels, acquisition de techniques de recherche d'emploi (rédaction d'un CV, d'une lettre de motivation), préparation et simulation d'entretiens d'embauche sont autant d'outils destinés à leur faciliter l'accès à la vie active.
Tous ne sont pas pressés pour autant d'y entrer. Ainsi, Julie, 23 ans, se dit pour l'heure contente de pouvoir "mettre un pied dans la réalité, sans s'y immerger encore totalement". Néanmoins, précise cette volontaire marseillaise, "j'ai maintenant une vision moins pessimiste du monde qui m'attend".
Caroline Helfter
Rallier les rangs d'Unis-Cité
Durée. Le service volontaire de solidarité a lieu, à temps plein, entre octobre et juin (avec deux périodes de dix jours de vacances à Noël et à Pâques). En région parisienne, il existe également une session de volontariat de six mois (de janvier à juin).
Candidatures. Avant de s'engager, les jeunes doivent assister à une réunion collective d'information. L'association accueille aussi des jeunes étrangers participant au programme du "service volontaire européen".
Recrutement. Les postulants, âgés de 18 à 25 ans, sont reçus individuellement en entretien. Parfois, une seconde rencontre réunit les candidats par petits groupes pour tester leur aptitude à travailler en équipe.
Adresses. 16, place des Abbesses, 75018 Paris ; tél. : 01-53-09-93-50.
49, rue de Breteuil, 13006 Marseille ; tél. : 04-91-53-34-20.
Ecloserie des Arts, 139, rue des Arts, 59100 Roubaix ; tél. : 03-20-70-32-59.
293, rue André-Philip, 69003 Lyon ; tél. : 04-72-84-27-40. Grenoble : 04-76-63-92-26.
Site national : www.unis-cite.org